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Discours et compte-rendu de la visite du Président Kagame en Corée du Sud PDF Imprimer Envoyer
Francais - NEWS

DISCOURS DE SON EXCELLENCE PAUL KAGAME, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU RWANDA, AU FORUM DE HAUT NIVEAU SUR L'EFFICACITÉ DE L'AIDE.

Busan, Corée, le 30 novembre 2011.

Mesdames et Messieurs Messieurs les Ministres, Excellences Messieurs les Chefs des délégations, Sa Majesté la Reine Rania de Jordanie, La Secrétaire d'Etat des Etats-Unis Mme Hillary Clinton,Le Secrétaire Général des Nations-Unies M. Ban Ki-moon,Excellence M. Meles Zenawi, Premier ministre d'Ethiopie,Excellence M. Lee Myung-bak, président de la République de Corée,

J’ai le grand plaisir d’être aujourd’hui parmi vous, pour participer à ce débat important sur la meilleure manière de transformer l’aide en outil efficace au service du développement durable.

Ce débat a d’autant plus de pertinence à se tenir en Corée qu’en un demi-siècle seulement,  ce pays est passé du statut de bénéficiaire d’aide à celui de nation industrielle aidant maintenant les autres à se développer. D’autres nations asiatiques ont connu la même transition.

Au cours de la même période, un montant proche de mille milliards de dollars américains a été transféré vers l’Afrique. Le revenu réel par habitant sur ce continent est pourtant inférieur à ce qu’il était dans les années 1970, et plus de la moitié de sa population – soit environ 500 millions de personnes – vivent encore dans la pauvreté. A ce rythme, la plupart des pays africains n’atteindront pas beaucoup parmi les Objectifs du Millénaire pour le Développement qu’ils s’étaient fixés.

A l’évidence, nous ne sommes pas près d’obtenir les résultats souhaités en Afrique, en dépit des multiples engagements que nous prenons lors de nos rencontres périodiques.

Dans le même temps cependant, les pays africains ont enregistré une croissance économique moyenne de 5 à 8% par an au cours des deux dernières décennies, malgré la crise économique mondiale et le faible niveau des investissements étrangers. L’exemple de ce rendement positif en dépit d’un investissement minimal indique que l’Afrique recèle de belles promesses.

De toute évidence, un changement fondamental dans la réflexion sur l’utilisation des ressources disponibles - aide comprise -  est bien nécessaire. Je pense aussi que nous ne pouvons pas parler de l’utilisation compétente de l’aide, sans tenir compte des obstacles pouvant affecter son efficacité.Ces deux réalités antagonistes conviennent bien à notre débat sur l’efficacité de l’aide et posent également de sérieuses questions. Pourquoi donc une aide aussi considérable a été en grande partie inefficace, alors que le peu d’investissement placé a été productif ? De quelle façon pouvons-nous traduire les engagements en matière d’aide, en résultats de développement efficaces capables de jouer le rôle moteur dans notre marche vers l’auto-suffisance?

L’histoire de l’Asie l’illustre avec ampleur, ce sont des politiques économiques saines couplées aux capitaux d’investissement, qui ont propulsé des millions d’Asiatiques vers la prospérité. Nous devrions donc parler de l’efficacité de l’aide, en tandem avec le commerce et l’investissement, et j’ajouterais un cadre équitable avec des règles claires, ainsi que les meilleures pratiques soumises à l’épreuve de l’expérience.

Honorables DéléguésExcellences,

Tout le monde s’accorde sur les principes pouvant rendre l’aide plus efficace tels qu’ils ont été adoptés lors des conférences précédentes : l’appropriation nationale, l’alignement sur les priorités de chaque pays, le devoir de rendre compte, etc…  A mon avis, les difficultés à surmonter sont structurelles et plutôt liées aux comportements qui entravent la réalisation de ce qui devrait normalement aller de soi.

Ainsi, à Paris puis à Accra, nous nous sommes engagés à faire passer l’aide par les structures nationales en vue de renforcer la capacité de chaque pays à mettre les plans de développement à exécution, à budgétiser efficacement et à fournir des services. Il s’agissait également d’établir les bases d’une capacité accrue et d’un sens plus élevé des responsabilités à l’égard du résultat en termes de développement.

Bien que ces pays donateurs n’aient pas forcément tort de contourner ces systèmes quand ils fonctionnent peu ou mal, pourquoi ne pas utiliser l’aide pour construire et renforcer ces systèmes en vue de pallier leurs défaillances ? Dans la pratique, le statu quo prévaut toujours. En fait, certains pays donateurs font preuve de résistance pour faire passer leur aide par le canal des systèmes nationaux, ce qui soulève d’importantes questions en termes d’efficacité et de contrôle de responsabilité.

Un exemple en est donné par le partenariat entre le gouvernement du Rwanda et l’« African Governance Initiative » de M. Tony Blair, qui utilise un support intégré pour lancer la rapide mise en œuvre de programmes de développement et de transfert de compétences.

D'autres partenaires, tels que le gouvernement britannique, l'Union européenne, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement pour en citer quelques uns, ont également fait confiance à nos systèmes en choisissant des options d'appui budgétaire, soumettant les ressources engagées à nos mécanismes de responsabilisation par la même occasion.  Ces institutions sont devenues partie prenante au cours de ce processus, ayant un intérêt manifeste à voir nos systèmes améliorés. Nous avons continué à travailler ensemble de ce fait, et les bons résultats dont nous sommes témoins devraient satisfaire nos partenaires les plus sceptiques.

Toutefois, lorsque des modalités et des systèmes d'exécution multiples et parallèles sont utilisés, ils produisent un impact significatif sur la répartition et l'utilisation efficaces des ressources publiques. Cela peut saper la relation entre les citoyens et leurs gouvernements si ceux-ci ne sont pas considérés comme crédibles ni capables de répondre aux besoins des premiers. Quand un pays n'assure pas la gestion des ressources à sa disposition, comment peut-il être tenu de rendre compte? La responsabilité, l’appropriation et le devoir de rendre compte sont en réalité inséparables.

Concernant l'ordre du jour relatif à l'efficacité du développement, nous avons pu nous mettre d’accord sur l'importance cruciale de la responsabilité mutuelle. Les pays en développement ont la responsabilité de produire des résultats dans le domaine des objectifs prioritaires de leur développement national. Les bailleurs de fonds, de leur côté, ont la responsabilité de concrétiser les engagements pris à l’occasion des forums internationaux comme celui-ci.

En réalité, le principe de responsabilité mutuelle n'a pas été appliqué de la même façon ni équitablement. Bien que les pays en développement soient soumis à une plus grande exigence de rendre compte, certains pays donateurs sont réticents à faire de même. Cela s’accompagne bien souvent de l’intrusion de questions sans rapport avec l’efficacité de l’aide, sinon comme une excuse pour ne point agir ou pour retarder la mise en œuvre des engagements.

Il y a aussi le danger réel de voir l’énorme industrie bâtie autour de l’aide devenir une caractéristique permanente dans notre processus de développement, perpétuant ainsi la dépendance et contribuant directement à saper les systèmes nationaux qu’il s’agissait de renforcer au départ.

Les pays en développement passent plus de temps et d'énergie à convenir de procédures et à rendre des comptes aux donateurs ainsi qu’à un nombre toujours croissant d’acteurs non gouvernementaux qui leur sont liés, que sur le travail réel de développement. Ils sont le plus souvent obligés de répondre à d’interminables questionnements que nulle réponse ne saurait vraiment satisfaire.

Mesdames et Messieurs:

Excellences,

La nécessité d'éliminer les obstacles qui s’opposent à l'utilisation efficace de l'aide nous commande de satisfaire de toute urgence les engagements pris et les objectifs que nous nous sommes fixés dans la Déclaration de Paris. Cela ne se fera pourtant que si l'aide n’est plus conçue comme de la simple charité, mais plutôt comme un investissement destiné à produire un gain mutuel. Une meilleure utilisation de l'aide conduit à plus de santé et de productivité du côté des populations bénéficiaires et finalement à une demande mondiale plus importante, au grand bénéfice des échanges.

A mon avis, la vraie signification de l’efficacité de l’aide est bien celle-là : créer les conditions qui puissent la rendre inutile. L'histoire regorge d'exemples en provenance d’un peu partout dans le monde qui en illustrent la pertinence, cela est donc bien possible.

Et puisque notre lieu de rencontre se situe en Asie aujourd’hui, laissez-moi souligner la nécessité d’un changement dans le régime des aides, consistant à élargir le groupe des donateurs traditionnels en invitant les pays émergents à prendre plus de responsabilités. Il y a des avantages à tirer de cela.

Les pays qui ont récemment atteint la prospérité comprennent mieux ce qu’il convient de faire pour se sortir de la pauvreté. Ils ont des leçons pertinentes à donner sur ce qu’il convient de faire, aussi bien aux pays en développement qu’aux pays donateurs.

Inévitablement, ce changement implique le renforcement de la coopération Sud-Sud, qu’il faudrait sortir de sa situation marginale pour la placer au centre du cadre international de développement. Cela devrait façonner le futur discours sur le développement et constituer l’héritage à tirer de Busan pour le long terme.

Je tiens à rappeler que pour présider à l’élaboration d’un développement efficace, il n’existe pas d’alternative à un Etat régi par la bonne gouvernance. Seul pareil Etat peut coordonner et mettre en œuvre ses propres programmes de développement en ayant la capacité de tenir un dialogue franc et ouvert avec ses partenaires. Des systèmes qui fonctionnent et produisent des résultats donnent confiance aux donateurs tout en faisant gagner du respect à l’Etat partenaire. Il s’agit là de préalables essentiels pour le développement.

Pour conclure, permettez-moi de dire une fois de plus que l’aide peut être efficace dans la réalisation de nos objectifs de développement ,si nous mettons plus de confiance dans notre partenariat en reconnaissant qu’il s’agit d’une responsabilité commune fondée sur des valeurs et des objectifs communs.

Sur base de nos engagements antérieurs portant sur l’aide et la coopération au développement, notre objectif devrait être celui d’engager la présente conférence de Busan à générer des engagements, des actions et des objectifs clairs pour améliorer le respect mutuel et inclusif des partenariats mondiaux.

Je souhaite des discussions fructueuses à vous tous. Merci beaucoup.

(Version Originale: President Kagame's keynote address at high level forum on Aid effectiveness)

 

Consultez les comptes-rendus du reste de la visite du Président Kagame en Corée du Sud:

Podcast:

President Kagame speaks to korean and International Press- Busan,South Korea, 30 November 2011

Vidéo:

President Kagame meets President of South Korea Myung Bak Lee and UNSG Ban Ki Moon, 30 December 2011

President Kagame visits Hyundai Heavy Industries and Automobile Plan, 1 December 2011

President Kagame visits Samsung Electronics- Seoul-South Korea, 2 December 2011

President Kagame attends Business Breakfast hosted by Far East Broadcasting Companies, 2 December 2011

Photos:

Visite du Président Kagame en Corée du Sud