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Kwibuka20: Discours de S.E Robert Masozera PDF Imprimer Envoyer

20ème Commémoration du Génocide perpétré contre les Tutsi - Ambassade du Rwanda à Bruxelles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Excellence Monsieur le  Représentant du Gouvernement Belge, l’Ambassadeur Johan Van Dessel,

Monsieur le Chef du Protocole,

Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs et les Représentants des Missions Diplomatiques,

Honorables les Députés,  Membres du Parlement Européen, du Parlement Fédéral Belge et du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles,

Messieurs les Bourgmestres, Notre Bourgmestre de la Commune de WSP et notre Ami le Bourgmestre de Ganshoren,

Distingués invités, les Représentants des Institutions de l’U.E

Chers Grands Amis du Rwanda,

Bavandimwe, Chers Compatriotes,

Mesdames et Messieurs,

Bonjour,

Je voudrais associer cette cérémonie à celle qui se déroule en ce moment même au Rwanda. Une très grande cérémonie Officielle de commémoration est en train d’avoir lieu en ce moment même à Kigali au Stade National Amahoro, en présence de plusieurs délégations étrangères venues de tous les coins de la planète nous témoigner leur compassion et leur solidarité.  Le Royaume de Belgique y est représenté par une très forte délégation dirigée par le Vice Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangères Monsieur Didier Reynders en compagnie de Monsieur Jean Pascal Labille, le Ministre des Entreprises Publiques et de la Coopération au développement.

Après avoir parcouru le Rwanda depuis le 7 janvier, la Flamme Kwibuka - qui va devenir la Flamme Eternelle du Souvenir - va rejoindre la Capitale pour le Mémorial du Génocide. Cette flamme est passée de mains en mains et de villages en villages. Elle porte le symbole de la souffrance, de la réconciliation et de l'harmonie des Rwandais qui communient aujourd'hui dans le souvenir du Génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.

Excellences Mesdames et Messieurs,

Le thème retenu pour ce 20ème Anniversaire de la commémoration est au tour de  3 points: « La Mémoire, l’Unité et le Renouveau».

 

D’abord la MEMOIRE, car 20 ans après, on a encore du mal à décrire l'horreur des 100 jours qu’a duré ce terrible Génocide des Tutsi. Les mots nous manquent pour qualifier les atrocités qui ont été commises par des hommes ordinaires. Après la Shoah, on pensait avoir déjà atteint le plus haut degré de la cruauté. L'extermination systématique des Tutsi nous a montré qu'il n'y a pas de limite à la bestialité humaine.

En 3 mois seulement, au rythme effrayant de 10 000 par jour, plus d'un million de victimes ont ainsi péri.  Il faut comprendre ce que représente l'assassinat de plus d’Un Million (1 074 016) de personnes dans un pays qui en fait 7 millions en 1994. L'équivalent d'un tel carnage dans la Belgique d'aujourd'hui représenterait plus d’Un Million et demi (1 650 000) morts, soit la population combinée de la Province de Liège et du Brabant Wallon.

Pour les génocidaires, il fallait exterminer tous les Tutsi et "être Tutsi" signifiait avoir la mention Tutsi sur sa carte d'identité, être marié à un Tutsi, avoir un parent Tutsi, être ami avec un Tutsi, cacher un Tutsi ou ressembler à un Tutsi. Si ce génocide avait été accompli jusqu'à son terme, aucun Tutsi n'aurait pu y échapper.

Sans l’intervention militaire rapide des soldats du FPR pour stopper ce génocide et libérer le pays, en tout cas l’extermination des Tutsi allait être TOTALE. Avec environ 10 000 assassinats par jour, l'objectif d'extermination totale aurait été atteint bien avant Noel 1994.

Donc, le thème de la mémoire est approprié aujourd’hui, car il permet d’honorer la mémoire des victimes, mais aussi de réconforter les survivants et leurs familles.

 

Excellences Mesdames et Messieurs,

Ensuite le thème de l'unité et du renouveau. Ce thème est aussi très important et approprié, car, aujourd’hui c’est le moment d’honorer également la force et la résilience du peuple rwandais qui a permis la restauration de la Nation. Très tôt, les libérateurs ont compris qu'ils devaient aussi être des bâtisseurs. Les nouveaux dirigeants du Rwanda qui venaient d'arrêter le génocide et de libérer le pays, ont très vite appelé l'ensemble de la population à les rejoindre dans une entreprise immense: Celle de reconstruire un pays qui appartient à tous et où chacun a sa place.

Ce message d'unité, les Rwandais ne l'avaient plus entendu depuis des décennies. En se retrouvant soudés par un même destin, ils ont compris que la colère, le ressentiment et la vengeance n'avaient pas leur place. La justice des Gacaca les a aidés à franchir l'étape déterminante de la réconciliation et de l'apaisement. Elle les a libérés du ressentiment.

Bien sûr, il a fallu à la population du courage et du temps pour surmonter sa souffrance, vivre avec son traumatisme et reprendre le cours de sa vie. Il a aussi fallu de la volonté pour rompre avec les habitudes et changer les mentalités. La transformation du Rwanda s'est faite progressivement, sans secousses, dans la concertation et avec l'adhésion de tous.

Pour mener à bien cet immense chantier de la cohésion nationale, le leadership a puisé dans la tradition rwandaise pour encourager le dialogue et la coopération. C'est ainsi que la justice des Gacaca a libéré la parole, contrôlé la colère et apaisé le ressentiment. Le programme Umuganda a réappris aux Rwandais à travailler côte à côte pour une prospérité commune. L'Umushyikirano a mis en place un dialogue national qui fait de chaque citoyen un acteur engagé et responsable dans la vie publique. L’'initiative Ndi Umunyarwanda "je suis Rwandais" a permis surtout aux jeunes de partager leur perspectives communes,  de réfléchir tous ensemble sur les leçons apprises de ce passé douloureux.  Cette éducation citoyenne joue un rôle fondamental car qu'elle porte l'avenir de notre pays.

[Renouveau]

13. Aujourd'hui, le renouveau du Rwanda est visible partout. Il se mesure avec plusieurs des Objectifs du Millénaire pour le Développement qui sont déjà atteints, voire même dépassés. Il se distingue avec le progrès social réalisé en matière d'accès universel à la Santé et à l'Education. Il se reconnait avec la croissance économique constante et durable et enfin avec la place des femmes dans la société, véritable signature de la gouvernance au XXIème siècle.

Excellences Mesdames et Messieurs,

Nous savons tous que le Génocide des Tutsi aurait pu être évité. Cette entreprise avait été longtemps planifiée, soigneusement préparée et annoncée sans laisser d'ambigüité sur son objectif. Les signes étaient évidents. Le discours était clair. Le terrain était prêt.

Pourtant, la Communauté Internationale n'a rien fait pour éviter le pire. Alors que les images d'un nouveau génocide pénétraient tous les foyers à l'heure du journal télévisé, les opinions publiques n'ont pas réagi et les gouvernements ont laissé faire.

Le Rwanda n'a jamais exigé des excuses d'aucun pays. Il n'a jamais incriminé aucune organisation. Pourtant, très tôt, certains pays dont la Belgique ont bien mené un travail approfondi pour établir la vérité. Nous devons saluer cet effort pour assumer une part de responsabilité morale dans notre Histoire commune.

Vingt ans après, le débat sur la responsabilité reste important, mais il ne doit pas occulter l'essentiel. En effet, ce sont les leçons de cette tragédie qui nous interpellent aujourd'hui. Saurons-nous désormais identifier l'escalade de la haine ? Avons-nous les moyens d'empêcher que cette escalade se transforme en crime de masse ? Si un crime de masse se produit à nouveau, comment l'arrêterons-nous ?

 

C'est parce que le Rwanda a fait la douloureuse expérience de l’inertie de la Communauté Internationale, qu'il est justement convaincu que celle-ci (les Nations Unies) doit avoir la volonté et la capacité d’intervenir. Siégeant au Conseil de sécurité pour 2 ans (2013-2015), le Rwanda souhaite partager son expérience au service de la Paix.

Aujourd'hui, avec un total de 4 684 personnes déployées, le Rwanda mobilise 14% de ses forces armées sous les couleurs de l’ONU. Notre pays est un contributeur significatif. En ce qui concerne les effectifs militaires, il est le 5ème contributeur mondial et 2ème contributeur Africain. En ce qui concerne les effectifs policiers, il est le 8ème contributeur mondial et le 3ème contributeur Africain.

Les contingents Rwandais sont déployés sur 7 théâtres d’opérations dont le Sud Soudan, le Soudan, Haïti, le Libéria, la Guinée-Bissau, la Côte d’Ivoire et récemment, la RCA.  Leur professionnalisme militaire fait du Rwanda un partenaire fiable et efficace dans les opérations difficiles.

 

Excellences Mesdames et Messieurs,

Avant de conclure,  je voudrais dire aussi que le devoir de mémoire est aussi un devoir de vigilance.  Ne laissons pas les coupables vivre dans l'impunité. Ne sous-estimons jamais le révisionnisme, le négationnisme et la banalisation du génocide. Combattons l'indifférence. En profanant la mémoire des victimes, les tenants des thèses négationnistes affaiblissent notre conscience.

Je vous remercie  tous et toutes de votre présence. C'est un véritable réconfort de vous avoir à nos côtés.     ■

Merci pour votre attention